Signée en bas à droite "marquet"
Vente Paris, Palais d'Orsay, 19 juin 1979, lot 55
Galerie Daniel Malingue, Paris
Collection particulière, Le Vesinet (acquis auprès de cette dernière en mars 1980)
Collection particulière, par descendance (2016)
Cette œuvre sera incluse au catalogue raisonné digital de l'œuvre d'Albert Marquet actuellement en préparation par le Wildenstein Plattner Institute.
Un certificat de Jean-Claude Martinet sera remis à l'acquéreur.
Un certificat de la Galerie Daniel Malingue sera remis à l'acquéreur.
Un avis d'inclusion du Wildenstein Plattner Institute sera remis à l'acquéreur.
Oil on canvas, signed lower right; 12 7/8 x 16 1/8 in.
Albert Marquet est un fauve à part. S’il est bien au cœur du séisme du Salon d’Automne de 1905 avec ses cinq tableaux exposés dans la fameuse salle VII où figurent aussi Matisse, Derain et Vlaminck, il est un discret rebelle parmi les rebelles dont l’art ne porte pas les évidentes marques de la tapageuse exubérance que l’on prête au groupe de jeunes peintres.
Au-delà même de l’événement qui marque la naissance du mouvement aux yeux de tous, Marquet en est bien l’un des piliers essentiels au côté d’Henri Matisse, comme il le revendique lui-même : « Nous travaillions déjà, Matisse et moi, dès 1898, dans ce qu’on appela plus tard la manière « fauve ». Les premiers Indépendants où nous étions, je crois, les deux seuls peintres à nous exprimer par tons purs remontent à 1901 » (cité dans G. Duthuit, Le fauvisme II in Cahiers d’Art, 1929). Les deux artistes se sont rencontrés en 1892 aux Arts Décoratifs pour se retrouver ensuite sur les bancs de l’atelier de Gustave Moreau et continuer à travailler ensemble pendant les années de vaches maigres du tournant du siècle, ne vendant rien ou presque, contraints de peindre au kilomètre les guirlandes de frises au Grand Palais pour l’exposition universelle de 1900, et n’être exposés que par la seule Berthe Weill en 1902. Ils voisinent aussi sur les quais de Seine. En 1902, Albert Marquet s’installe au 25 quai de la Tournelle quand Matisse pose son chevalet tout près au 19 quai Saint-Michel dans un atelier qui passera d’ailleurs de l’un à l’autre en 1908.
C’est véritablement en 1905, lors de son installation au 25 quai des grands Augustins qu’Albert Marquet trouvera l’essence de son fauvisme différent. Quand ses comparses vivent à Saint-Tropez ou à Collioure la brulante révélation du crucial été 1905, l’artiste bordelais s’éloigne lui de l’azur méditerranéen qui ne l’inspire alors que modérément pour mener sa propre révolution au cœur de la capitale, multipliant les expérimentations à partir de ce que lui offre la fenêtre de son atelier. Deux vues principales s’imposent, en aval le Louvre au loin, en amont, surtout, avec la massive silhouette de Notre Dame qui lui inspire une série majeure, à l’image des cathédrales de Rouen de Claude Monet dont il avait probablement vu l’exposition chez Durand Ruel un an avant.
Le sujet l’accompagnera jusqu’aux derniers instants, tant il revêt une importance fondamentale dans son évolution artistique. Le peintre y trouve le cadre idéal de ses recherches. Ainsi dans Notre Dame et le quai des Grands Augustins, il met en place les jalons essentiels de ses compositions majeures, la diagonale structurante qui souligne le flux vital du fleuve, les quais luisants qui portent la fragile lumière, les virgules des passants et cette brume qui nimbe l’édifice parisien comme elle enserrera plus tard le Vésuve ou la montagne de la Goulette.
Cette brume permet toutes les audaces à Albert Marquet, voilant le feu des couleurs et lui permettant de poser délicatement les braises du vermillon et de l’ocre sans enflammer toute la composition. Elle est son doux artifice pour s’affranchir du ton local sans la tonitruance des autres fauves, elle lui offre aussi un chemin de traverse vers la radicale simplification, comme l’annonce murmurée de l’ascèse abstraite, rassurante complice d’une révolution sans violence.
Albert Marquet was an atypical Fauvist. Although he was at the heart of the upheaval at the 1905 Salon d’Automne with his five paintings exhibited in the famous hall number VII, where works by Matisse, Derain and Vlaminck were also on show, he was a discreet rebel among rebels whose art didn’t bear the obvious signs of the flashy exuberance attributed to the group of young painters.
Above and beyond his participation in the actual event that was most considered the official birth of the movement, Marquet was one of its key figures alongside Henri Matisse, as he laid claim himself: ‘Matisse and I had already been working, as of 1898, in what would later be called “Fauve” style. The first Salon des Indépendants in which we were, I believe, the only two painters to express ourselves in pure colours was in 1901’ (quoted in G. Duthuit, Le Fauvisme II, in Cahiers d’Art, 1929). The two artists first met in 1892 at the Ecole des Arts Décoratifs, were reunited when they studied at Gustave Moreau’s atelier, and continued working together throughout the lean period at the start of the century when then sold practically nothing and were obliged to paint kilometres of friezes at the Grand Palais for the 1900 Universal Exhibition and have their works exhibited only by Berthe Weill in 1902. They were also neighbours. Both lived along the Seine. In 1902, Albert Marquet settled at 25 Quai de la Tournelle, and Matisse set up his easel close by, at 19 Quai Saint-Michel, in a studio that Albert Marquet would move into in 1908.
It was, in fact, in 1905, when he set up residence at 25 Quai des Grands Augustins, that Albert Marquet found the essence of his atypical Fauvism. When his associates experienced their striking revelation in Saint-Tropez or Collioure in the decisive summer of 1905, the Bordeaux-born artist kept his distance from the azure of the Mediterranean, which only moderately inspired him, preferring to lead his own revolution in the heart of the capital, multiplying his experiments based on the view from the window of his studio. Two main sights prevailed: downstream, the Louvre, and in the distance, upstream, above all, the imposing silhouette of Notre Dame that gave him the inspiration for a major series of works, similar to Claude Monet’s Rouen cathedrals, of which he had probably seen the exhibition at Durand-Ruel’s a year earlier.
The subject held such an important place in his artistic evolution that he continued to work on it until the end of his life. The painter found that it provided him with the ideal framework for his research. Hence, in Notre Dame et le Quai des Grands Augustins, he applied the key markers of his major compositions, the structuring diagonal that highlights the vital flow of the river, the glimmering riverbanks that bear the fragile light, the outlines of the passersby, and the mist that enshrouds the Paris building as it would later swathe Mount Vesuvius or La Goulette.
This mist would allow Albert Marquet every creative whim, masking his fiery colours and making it possible for him to delicately bring into play the embers of vermillion and ochre without igniting the entire composition. It was the gentle artifice he used to liberate himself from local hues without using the blaring colours of the other Fauves. It also offered him a shortcut to radical simplification, like the murmured announcement of abstract asceticism, the reassuring accomplice of a peaceful revolution.