Signée et datée en bas à droite "Vassilieff/1920"
Atelier de l'artiste
Vente Versailles, Me Blache, 16 mars 1975, lot 56
Collection particulière parisienne (acquis lors de cette dernière)
Aux actuels propriétaires par descendance
Paris, Galerie Philippe Hupel, 1971, n°9 (probablement)
S. Prim-Goguel, Marie Vassilieff de l'avant-garde aux modes (1907-1937), Université Paris I, Paris, 1982, reproduit
A.Raev, Marie Vassilieff, une étrangère parmi les siens, Iskusstvo XXI Vek, Moscou, 2015, reproduit en noir et blanc p.95 (photo de l'atelier de Marie Vassilieff, circa 1930)
Nous remercions Monsieur Benoit Noël pour les informations qu'il nous a aimablement communiquées.
Oil on canvas, signed and dated lower right; 36 1/4 x 25 1/4 in.
Peintre, décoratrice, sculptrice, élève puis traductrice de Matisse, créatrice de costumes, enseignante, théoricienne, fondatrice d’académie, conceptrice de poupées, collectionneuse, tenancière de cantine populaire pour artistes dans le besoin, dessinatrice de flacon de parfum pour Paul Poiret, grande ordonnatrice de festivités mythiques, Marie Vassilieff est une figure incontournable de l’avant-garde parisienne des années 1910 aux années 1930.
Née à Smolensk en Russie en 1884, elle étudie à l’Académie impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg avant un passage à l’école privée munichoise du peintre naturaliste hongrois Simon Hollosy. Arrivée à Paris en 1905, elle suit à la fois les cours de l’Académie Matisse et ceux de l’Académie de la Palette en compagnie notamment de Sonia Delaunay.
Elle sera dès lors au cœur des grandes aventures artistiques qui se jouent dans le chaudron créatif de l’atelier du monde. Des leçons de Matisse, elle retient le langage sensuel des couleurs, tout en accompagnant Picasso et Braque dans leur entreprise de déconstruction cubiste. Elle garde également le lien avec l’avant-garde russe jusqu’en 1915, exposant cette année-là ses créations non loin du Carré noir sur fond blanc de Malevich. Pionnière encore, dans le regard qu’elle sait porter sur des formes inédites d’expressions artistiques qui irriguent ses créations, comme les masques africains et la tradition de l’artisanat populaire russe inspirant de conserve ses fameuses poupées. Pionnière enfin, dans son refus de hiérarchie entre les arts, son insatiable curiosité d’exploratrice de la création la menant sur la voie d’une transdisciplinarité unique dans les avant-gardes du XXe siècle.
Dans Femme à l’enfant, œuvre charnière de 1920, les acquis cubistes sont intégrés à une vision stylisée qui annonce l’avènement de l’Art déco dans une architecture savante qui ne craint pas le choc et la puissance des couleurs. La femme gracile dont le visage évoque les sculptures de Modigliani est saisie dans une posture qui la place en héritière moderne de la Maesta de Duccio.
Cette iconographie séculaire qui porte une profonde charge symbolique depuis les plus anciennes icones byzantines a une forte résonance pour l’artiste qui, devenue mère en 1917, peint depuis lors son fils Pierrot dans une série d’œuvres magistrales où elle explore la complexité de son rapport à la maternité. Cet ensemble majeur semble trouver son aboutissement en forme d’apothéose avec notre tableau où dans la munificence colorée d’un décor savamment géométrique, l’enfant est enfin rejoint par une figure maternelle aimante et protectrice.
Œuvre majeure d’une artiste essentielle dont l’importance n’a pas fini d’être pleinement appréhendée, Femme à l’enfant exerce une irrésistible fascination qui nous promène par la grâce des artifices de la création du plus intime des sentiments à la plus universelle des sensations.
A painter, decorative artist, sculptress, Matisse’s student and then translator, costume designer, teacher, theorist, academy founding member, doll designer, collector, manageress of a charitable canteen for needy artists, perfume bottle designer for Paul Poiret, great organiser of mythical festivities, Marie Vassilieff was one of the most prominent figures of the Paris avant-garde during the period 1910 to 1930.
Born in Smolensk, Russia, in 1884, she studied at the Saint Petersburg Imperial Academy of Fine Arts before attending the private school in Munich run by Hungarian Naturalist painter Simon Hollosy. Upon her arrival in Paris in 1905, she studied at both the Académie Matisse and the Académie de la Palette alongside, in particular, Sonia Delaunay.
She would be at the centre of major artistic adventures that were unfolding in what was the core of the world of painting’s creativity. From her lessons with Matisse, she retained the sensual language of colours whilst accompanying Picasso and Braque in their experiments on Cubist deconstruction. She also maintained close ties with the Russian avant-garde until 1915, exhibiting her creations that year not far from Malevich’s Carré Noir sur Fond Blanc. She was a pioneer, once more, with her view her vision of unprecedented forms of artistic expression, visible throughout her creations, such as the African masks and traditional Russian popular crafts, which collectively served as an inspiration for her famous dolls. She was a pioneer, finally, in her refusal of hierarchy between arts, her insatiable curiosity as an explorer of creation, which led her on a path to cross-disciplinarity that was unique among the 20th-century avant-garde.
In Femme à l’Enfant, a pivotal work from 1920, her cubist knowledge was integrated into a stylised vision that heralded the advent of Art Deco in a knowing architecture that didn’t fear clashing, powerful colours. The willowy woman, whose face stirs up memories of Modigliani’s sculptures, is portrayed in a posture that positions her as the modern successor of the Maestà of Duccio.
This secular iconography, which has held a deep symbolic significance since the earliest Byzantine icons, resonated strongly for the artist who, since she became a mother in 1917, painted her son, Pierrot, in a series of masterful works in which she explored the complexity of her relationship to motherhood. This major group of works seems to find its culmination as an apotheosis with our work in which the child is finally joined by a lovely and protective maternal figure in the colourful munificence of a knowingly geometric setting.
A major work by a leading artist whose importance has yet to be fully understood, Femme à l’Enfant exerts an irresistible fascination that guides us, thanks to the contrivances of creation, from the most intimate of feelings to the most universal of sensations.