Huile sur toile
180,5 x 160 cm
Oil on canvas
71.06 x 62.99 in.
"La plupart de mes tableaux naissent d'un rêve, un rêve qui ne se fige jamais. C'est un peu comme cette sensation qu'on éprouve en voyageant en train sans destination, ou au petit matin, au réveil, quand on est encore entre rêve et réalité, entre le rêve et les pensées qui nous attendent pour la journée".
Norbert Schwontkowski.
FR
Norbert Schwontkowski a appliqué son inépuisable inventivité picturale aussi bien aux questions fondamentales de la condition humaine qu'à l'absurdité du quotidien. Tout au long de sa carrière, il a créé des œuvres empreintes d'humour, mais toujours en équilibre au bord du précipice. Il maîtrisait avec virtuosité l'insinuation et le surréalisme, articulant un langage d'étrangeté silencieuse.
Ses œuvres étaient réalisées à partir de pigments broyés à la main, mélangés à divers matériaux pour obtenir une multitude de textures. Des produits chimiques photosensibles tels que l'oxyde d'argent, l'iodure, le nitrate et le bromure, ajoutés aux pigments, créaient des surfaces chatoyantes et aux multiples facettes, qui continuent d'évoluer au fil du temps. Ses œuvres sont foisonnantes et vivantes.
La palette de Schwontkowski demeure l'un de ses outils les plus énigmatiques. Blancs légèrement ternis, gris corrodés, vert du métal oxydé, rouges rouillés, ocres doux dénués de chaleur : les tonalités de l'artiste n'étaient pas seulement décoratives, mais aussi psychologiques. Elles opèrent une sorte d'harmonisation émotionnelle, instaurant une tonalité jamais directement illustrative, mais toujours atmosphérique. Même ses usages les plus lumineux se font plus discrets, comme enveloppés d'une brume poussiéreuse, sans jamais se fixer pleinement. Dans les œuvres de Schwontkowski, la couleur n'est pas utilisée pour décrire la forme, mais pour la voiler, l'atténuer, la ralentir, afin de permettre au spectateur d'en saisir la froideur.
Les personnages de Schwontkowski semblent souvent hésiter face au monde : un homme assis, la tête penchée, comme absent ; un objet flottant dont la logique demeure obscure ; une table cernée par le vide. Pourtant, l'absurde trouve ici un terrain d'entente délicat, non comme une farce, mais comme une évidence. L'humour, toujours en filigrane, jamais forcé, toujours fugace, est toujours présent.
C’est un monde où les ombres sont aussi importantes et réelles que les objets et les formes qui les produisent. Bien que Schwontkowski ait refusé l’autoportrait direct, ces œuvres suggèrent une pratique profondément introspective : un soi inscrit non dans la représentation, mais dans la texture même des choses. Son art ne proclame pas l’ego ; il en retrace l’évaporation. Ce qui demeure, ce n’est pas l’absence, mais l’intimité.
EN
Norbert Schwontkowski applied his inexhaustible pictorial inventiveness both to fundamental questions of the human condition and to the absurdity of daily life. Throughout his career he created works heavy with humour, but always poised at the edge of an abyss. He possessed a virtuoso command of insinuation and the surreal, articulating a language of quiet estrangement.
His works were made using hand ground pigments, mixed with various materials to yield a multitude of tex- tures. Light sensitive chemicals such as silver oxide, iodide, nitrate and bromide, added to the pigments, creating shimmering and multifaceted surfaces, that continue to evolve over time. The works are abundant and alive.
Schwontkowski’s palette remains one of his most enigmatic tools. Faintly soiled whites, corroded greys, the green of oxidized metal, rusted reds, soft ochres drained of warmth—the artist tones were not just decorative, but also psychological. They perform a kind of emotional tuning, establishing a tonality that is never directly illustrative, yet always atmospheric. Even his brighter usages arrive in dusty haze, never quite resolute. Colour in Schwont- kowski’s works is not applied to describe form but to fog it, mute it, slow it down, to enable the viewer to grasp at its coldness.
Schwontkowski’s figures often appear in partial engagement with the world—a seated man, head tilted, not quite present; a floating object whose logic is unclear; a table surrounded by absence. Yet the absurd finds gent- le footing here, not as farce, but as a fact of being. The humor is always at the periphery, never overworked, and always glancing.
This is a world in which shadows are just as important and real as the objects and shapes that produce them. While Schwontkowski resisted direct self-portraiture, these works suggest a deeply introspective practice: a self embedded not in representation, but in the texture of things. His art does not proclaim the ego; it traces its eva- poration. What remains is not absence, but intimacy.