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Rembrandt BUGATTI (1884-1916)
Les Cigognes au repos, l’une couchée – 1907
Estimation :
300 000 - 400 000 €

Description complète

Les Cigognes au repos, l’une couchée – 1907
Bronze à patine brun foncé nuancé

Signé, annoté et marque du fondeur sur la base « RBugatti / Pièce unique / CIRE /PERDUE/ A.A. HEBRARD"


Conçu en 1907, ce bronze a été fondu en 1907 par Albino Palazzolo.

Pièce unique.

27.5 cm x 46.5 cm x 16 cm
4.6 kg
Provenance :

Galerie Alberto Grubicy, Milan

Collection David-Weill (inv. A.-A. Hébrard 1080), (acquis auprès de cette dernière en 1907)

Collection particulière, Paris (acquis auprès de ce dernier)

Vente Paris, Ader, 9 décembre 2022, lot 28

A l'actuel propriétaire par cessions successives

Expositions :

Paris, Galerie A.A. Hébrard, Rembrandt Bugatti sculpteur, mai-juin 1907

Paris, Serre de l’Alma, Salon des peintres divisionnistes italiens organisé par la Galerie d’art A. Grubicy, de Milan, septembre-octobre 1907

Venice, VIIIe Esposizione Internazionale d’Arte della città di Venezia, 1909

Rome, Prima Esposizione Internazionale d’Arte della Secessionne, mars-juin 1913

Ostende, Casino-Kursaal, Europa 1900, juillet-septembre 1967

Berlin, Alte Nationalgalerie, Rembrandt Bugatti, der Bildhauer, mars-juillet 2014

Bibliographie :

P. Dejean, Rembrandt - Ettore - Jean Bugatti, Éditions du Regard, Paris, 1981, reproduit p. 166 (un exemplaire similaire)

J.-C. des Cordes et V. Fromanger des Cordes, Rembrandt Bugatti, Catalogue raisonné, Les Editions de l’amateur, Paris, 1987, reproduit en couleur p. 176 et 177

V. Fromanger, Rembrandt Bugatti, sculpteur : Répertoire Monographique, Les Editions de l’amateur, Paris, 2009, n°183 reproduit en couleur p.122 et p. 293

V. Fromanger, Rembrandt Bugatti, Une trajectoire foudroyante, Répertoire monographique, Les Editions de l’amateur, Paris, 2016, n°187 p. 322 et 323, reproduit en couleur p. 322 

Certificat :

Un certificat de Madame Véronique Fromanger sera remis à l’acquéreur.

Commentaire :

Bronze with dark brown nuanced patina; signed, annotated and foundry mark on the base; 10 7/8 x 18 1/4 x 6 1/4 in.


Lot en importation temporaire :

L’adjudication est HT. La TVA au taux réduit de 5,5% s’applique sur l’adjudication et la commission de vente.


Lot in temporary importation :

The hammer price will be VAT excluded. 5.5% VAT will be added to the hammer price and buyer’s premium.





Comme le souligne Véronique Fromanger dans son répertoire monographique du sculpteur, Rembrandt Bugatti aime tous les oiseaux, et il se sent particulièrement proche des échassiers migrateurs, la fragile liberté de ces éternels voyageurs entrant en résonnance avec sa sensibilité personnelle, ses aspirations et son mode de vie. On le voit ainsi sur les photos prises vers 1907 nourrir avec une tendre attention des cigognes au zoo d’Anvers.

Le sculpteur, qui s’attache à modeler la vie animale dès ses débuts incroyablement précoces à 16 ans en 1900, et plus spécifiquement la vie sauvage depuis sa Lionne jouant avec une boule de 1903 est chez lui dans ce parc zoologique. Il modèle frénétiquement ses motifs amis et, dans l’atelier que le directeur a mis à sa disposition, il enrichit, plus encore qu’au Jardin des Plantes où il a également travaillé, son impressionnant bestiaire virtuose.

La plastiline constitue le matériau idoine pour répondre à l’instantanéité de l’inspiration du sculpteur, elle lui permet d’allier d’un geste énergique des pouces la synthèse radicale et l’essence même d’une attitude. L’artiste, moins porté sur les pures connaissances anatomiques qu’amassent certains de ses confrères se laisse porter par la sensibilité de son regard et l’affection sincère qu’il porte à ses modèles.

Ainsi les cigognes sont-elles représentées en couple, dans une parfaite cohérence avec leur mode de vie au début du printemps, en période de reproduction, c’est-à-dire le moment où elles sont le plus aisément observables par l’homme. Bugatti les sculpte dans deux attitudes typiques de repos, l’une allongée, l’autre debout sur patte le cou rentré et le corps ramassé. L’artiste apprécie particulièrement les compositions avec plusieurs protagonistes qui lui offre le loisir de pénétrer au plus près de l’intimité de leurs interactions apportant la nécessaire ciselure du souffle de vie et la patine nuancée de la sensibilité à l’inévitable hiératisme de tout portrait solitaire.

Ces compositions multiples permettent aussi à la fonderie d’Adrien-Aurélien Hébrard d’éditer chacun des protagonistes pour une maximisation bienvenue des profits. De nos cigognes, seule celle debout aura droit à son édition isolée. La scène complète, elle, ne semble avoir être fondu qu’à notre seul exemplaire par le grand Albino Palazzolo, chef d’atelier mythique, capable notamment du tour de force de réaliser cette si fine patte et qui saura aussi parfaitement transcrire dans le bronze la farouche énergie du sculpteur. Cette pièce unique, exceptionnelle par son audace formelle, sera vendue au grand collectionneur David David-Weill.

Bugatti trouve dans ses Cigognes le parfait équilibre entre la respectueuse sincérité de la célébration du monde sauvage et la totale liberté qui explose les canons de la représentation prosaïquement réaliste. Il transforme la sculpture animalière en une architecture sensible propice au déploiement de l’énergie explorative de ses mains qui impriment dans la matière la force créatrice d’une vision nouvelle.



As Véronique Fromanger highlighted in her monograph on the sculptor, Rembrandt Bugatti loved all birds and felt particularly close to migratory waders. The fragile liberty of these eternal travellers resonated with his personal sensitivity, aspirations, and lifestyle. Hence, we see him in photographs taken around 1907 fondly feeding the storks at Antwerp Zoo.

The sculptor, who aimed to portray animal life from the astonishingly early age of 16 in 1900, and more specifically wildlife ever since his Lionne Jouant avec une Boule dated 1903, felt particularly at home in these zoological gardens. He excitedly modelled his favourite motifs and, in the studio provided to him by the director, he enhanced his impressive and masterful bestiary, even more so than at the Jardin des Plantes, where he also worked.

Plastiline was the perfect material to meet the immediacy of the sculptor’s inspiration. It allowed him to use an energetic movement of his thumbs to combine a fundamental overview and the very essence of a posture. The artist, who was less driven by the pure anatomical knowledge that some of his peers had accumulated, allowed himself to be guided by the sensitivity of his gaze and the sincere affection that he bore for his models.

Hence, the storks are portrayed in pairs, in perfect coherence with their lifestyle in early spring, during the breeding season, which is the time when they are most easily observed by man. Bugatti sculpted them in two typical resting postures, one lying down, the other standing on one leg with their head pulled back towards their body. The artist particularly appreciated compositions with several subjects, which offered him the possibility of further delving into the intimate details of their interactions, bringing the necessary chasing of life’s breath and the nuanced patina of sensitivity to the inevitable aloofness of any solitary portrait.

These multi-figure compositions also allowed Adrien-Aurélien Hébrard’s art foundry to produce each of the subjects, thus providing for a welcome increase in profits. Of our storks, only the standing one was produced as an individual cast. The full scene, of which this would seem to be the only cast, was produced by the great Albino Palazzolo, master caster, who was capable, in particular, of the incredible feat of producing this very fine leg and rendering perfectly in the bronze the sculptor’s untamed energy. This unique piece, whose daring formal qualities make it exceptional, would be sold to major art collector David David-Weill.

In his Cigognes, Bugatti found the perfect balance between the respectful sincerity of the celebration of wildlife and the total freedom that tears apart the ideals of prosaically realistic representation. It transforms animal sculpture into a sensitive structure favourable to the deployment of the explorative energy of his hands, which imprint on the material the very creative force of a new vision.

 

 

 

 

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